
Même les discours sérieux ont leurs moments d'humour (Photo: Liz Newbury)
Sur son site web, Irshad Manji publie un discours sur le relativisme culturel qu’elle a prononcé devant le National Organization for Women. J’ai pris la peine de le traduire pour vous.
C’est un privilège de vivre dans une démocratie, où nous avons les libertés de penser, exprimer, défier et se faire défier. En tant que féministes, nous connaissons le pouvoir de la voix. La question que je vous pose est: Allons-nous faire le choix de faire plus avec notre voix?
Ce que je m’apprête à vous dire rendra peut-être certaines d’entre vous inconfortables, ça choquera même certaines d’entre vous. Soit. Être unifiées n’a rien à voir avec être uniformes. L’unité a rapport avec travailler pour un but commun en étant libre d’exprimer une diversité de pensée dans la poursuite de ce but.
Et que devrait être notre but commun aujourd’hui? Je propose de défendre l’universalité des droits humains. Pourquoi mettre de l’emphase sur “universalité”? Parce qu’autour du monde un combat rage entre le droit individuel et le soi-disant droit des cultures.
À Sydney en Australie, l’Église Catholique a gagné le droit de ne pas être offensée pour ce mois entier.
Pendant le mois de juillet, la police de Sydney a de nouveaux pouvoirs pour arrêter et punir toute personne qui importune les participants du “World Youth Day”, commandité par le Vatican, même si l’impertinence n’est que de porter un chandail avec un message irritant. Les peines incluent fouilles partiellement dénudées et des amendes jusqu’à $5 000. Tout ça au nom des droits culturels.
En Grande-Bretagne, des lobbyistes Musulmans – encouragés par une poignée de leaders religieux, juges et polititiens non-Musulmans – tentent tranquillement d’introduire la Charia, ou loi Islamique, aussi au nom du droit culturel.
Il y a trois ans, une campagne pour introduire la Charia a presque réussi dans mon propre pays, le Canada. Les premières personnes à élever la voix contre cette manipulation du multiculturalisme, furent les femmes musulmanes.
Mais elles trouvèrent que trop de femmes non-Musulmanes avaient peur de se joindrent à elles. Peur, plutôt, d’être traitées de raciste en se mêlant des affaires des “autres”. Souvenez-vous de ce qu’on disait de la violence domestique – que c’était les affaires des autres?
La peur produit non-seulement une perte de l’unité féministe, mais aussi une perte de l’intégrité féministe. Comment pouvons-nous rester muettes à propos de l’abus des femmes sous toutes les formes de lois religieuses, incluant la Charia? Si les féministes voient encore la patriarchie comme étant globale ( et je crois que oui, à moins d’avoir manqué un mémo), alors les différences de cultures ne devraient pas nous inciter à appuyer sur le bouton de sourdine mentale aussitôt que les hommes Musulmans commencent à parler.
Un autre example de droits humains piétinés par la culture: les meutres d’honneur. Les Nations Unies rapportent 5 000 meurtres d’honneur mondialement à chaque année – et ce n’est que les cas documentés.
En 2006, j’ai adressé un groupe important de membres d’Amnestie Internationale. J’y ai rencontré un délégué Pakistanais qui m’a monté, par des rapports d’incidents, que dans leur seul pays, dans la dernière année, au moins 1 000 femmes ont été tuées pour avoir supposément violé l’honneur de leur famille.
Mille! Comme le délégué Pakistanais me le faisait remarquer, c’est deux fois le nombre de détenus à Guantanamo Bay. Les féministes non-musulmanes ont pourtant été très critiques des abus des droits humains à Gitmo. Les crimes d’honneur n’ont comparativement peu généré de condamnations.
Pourquoi?
Trop d’entre-nous ont peur d’être étiquetées “d’agitateur extérieur” – vous savez, impérialistes – pour s’être ingéré dans les affaires des “autres”. Et pour rationaliser nos peurs, nous avons créé notre propre religion: l’Église du Relativisme Culturel.
La doctrine de cette Église insiste qu’il n’y a pas de standard universel de décence humaine ou de dignité humaine. Donc, tout est acceptable tant que cela ne m’affecte pas moi ou mes enfants.
Mais dans un monde interdépendant, il n’existe pas d’affaires des “autres”. Ce qui ce passe à des milliers de kilomètres va, tôt ou tard, affecter nos enfants.
En septembre 1996, les Talibans ont commencé à amputer les mains de femmes simplement pour avoir montré un bout de peau en payant pour de la viande à un comptoir de boucherie. À ce moment, ces amputations étaient considérées comme l’affaire des “autres”.
Quelques hommes et femmes moralement courageux, dont certains en Amérique, ont tenté d’arrêter les Talibans. Mais ils n’ont reçu que trop peu d’assistance des privilégiés. Nous. Moi incluse.
Exactement cinq ans plus tard – Septembre 2001 – les affaires des “autres” sont devenues nos affaires…
Comprenez, je n’essaie pas de sur-dramatiser le déjà dramatique. J’essaie simplement d’apprendre de l’histoire de la justice sociale.
Martin Luther King Jr. lui-même fût étiqueté comme une “agitateur extérieur” par huit membres de clergé libéraux en Alabama. Dans sa lettre mainitenant fameuse d’une prison de Birmingham, qu’il a addressé à ces membres du clergé, le Rev. King a confronté les réalités de l’interdépendance.
Il a dit, «Nous sommes pris dans un réseau inextricable de mutualité, attaché dans un simple accoutrement de destinée. Tout ce qui affecte un directement, affecte tous indirectement. Plus jamais aurons-nous le luxe de vivre avec l’étroite, provinciale idée de “l’agitateur externe”.»
Depuis que le Rev. King a écrit ces paroles, la citoyenneté est devenue plus globale. Alors laissez-moi vous suggérer une autre parcelle de sagesse “à la King” pour notre époque. Plus jamais pouvons nous vivre avec l’assomption que juste parce que les êtres humains sont nés égaux, les cultures le sont aussi.
Les cultures ne sont pas nées. Elles sont construites. Ce qui signifie qu’il n’y a rien de sacré à propos d’une culture et donc rien de sacreligieux, blasphematoire ou impensable à tenter de réformer les aspects les plus oppressifs des cultures.
Allons-nous offenser? Oui. Est-ce que notre offense sera une source de tension? Absolument. La tension est-elle le prix de la justice? Demandez au Rev. King.
Dans la même lettre de la prison de Birmingham, il a écrit que la plus grande barrière à la libération des Afro-Américains n’est pas le raciste transparent, c’est le progressiste tiède. c’est la personne qui se croit clairvoyante, mais qui préfère ce que King appelait la “paix négative”, qu’est l’absence de tension, à la “paix positive”, qu’est le présence de justice.
Ce point fait dans le contexte de la lutte pour les droits civils domestiques, a des parallèles frappants avec la présente lutte pour les droits humains universels.